Peut-être que notre précédent article sur les droits et la situation des LGBT à Malte vous a donné envie d’en savoir plus sur la vie des expatriés gay à Malte… Justement, nous avons eu le plaisir de rencontrer David, qui a pris le temps de répondre à toutes nos questions et nous a apporté une réelle mine d’information.

Au fil de cette discussion animée et passionnante, nous avons fini par nous perdre et avons abordé d’autres sujets qui pourraient en intéresser plus d’un, tels que : les procédures pour s’expatrier, l’accueil des Maltais, les problèmes écologiques de l’île, les démarches pour obtenir la carte de résident, l’éducation…

Venez-donc vous asseoir à notre table prendre un café avec nous, et surtout vous mettre dans la peau d’un expatrié gay à Malte 😊 Voici David, lui aussi un fervent Petit Maltais ! Laissons-le se présenter lui-même …

« Bonjour David ! Pourrais-tu te présenter brièvement à nos lecteurs ? »

Bonjour les Petits Maltais ! Je suis David Marcon, j’ai 43 ans, je suis sophrologue, installé à Malte depuis 3 ans et demi, et je vis dans les 3 cités.

« Parfait David, peux-tu nous expliquer d’où t’es venue l’envie de t’installer ici ? »

Pendant 10 ans, avec mon compagnon, nous sommes souvent partis en vacances à Gozo pour le calme, mais sans s’arrêter à Malte ! Puis il y a 4 ans on s’est dit que ça serait pas mal de visiter une fois au moins La Valette, et voilà, quand on a vu La Valette on a eu un vrai choc et 6 mois après on a décidé de s’installer là.

« Tu dis venir ici pour chercher le calme, ça me laisse penser que tu viens d’une grande ville en France ? »

Ah ça oui, je viens de Paris !! Donc choc total ici, mais je trouve que Gozo est quand même beaucoup trop calme pour autre chose que des vacances. La transition a été un peu rude entre la vie parisienne et la vie maltaise, mais j’en avais vraiment marre du rythme de vie imposé par Paris. J’étais bien logé, j’avais un beau travail et des amis mais j’avais envie d’autre chose et de faire autre chose que chercher des clients et de l’argent et aussi bénéficier d’un cadre de vie plus méditerranéen. A Malte on est comblés, les 8 premiers mois on s’est baignés quasiment tous les soirs, on aime la chaleur et ici on est servis !

« Est-ce qu’il y a tout de même quelques aspects ou petites choses de la vie parisienne qui te manquent ? »

Les concerts ! J’aime la musique et j’écoute beaucoup de musique d’artistes obscurs qui passent dans toutes les capitales. Ici à Malte on est pas hyper servis au niveau des concerts de niche. C’est honnêtement la seule chose qui me manque, donc c’est très gérable !

« Au niveau de ton intégration ici, comment ça s’est passé ? »

On ne savait pas trop ce que c’était que d’être un couple gay à Malte, on ne connaissait que Gozo très catholique… Mais ça s’est très bien passé, on a commencé par louer un Airbnb avec une vraie Maltaise, qui est maintenant une amie proche. C’est une artiste fantastique qui est aussi pas mal intégrée dans le milieu gay, et du coup qui nous a présenté plein de monde. Et on n’a pas de problèmes avec l’anglais donc ça a été et maintenant on est bilingues.

Peu importe où vous soyez à Gozo, il y aura toujours une chapelle, une église ou une cathédrale

« Super, tu as abordé le point clé de l’interview, qui est vivre gay à Malte. Alors quelles sont les différences principales entre vivre gay à Paris et vivre gay à Malte ? »

Alors je ne suis pas quelqu’un qui sort beaucoup, je suis marié depuis 11 ans et j’ai la même vie de famille tranquille que j’avais à Paris. La grande différence c’est qu’ici les gens n’en n’ont rien à faire ! Ce n’est pas une question en fait. Si on rencontre quelqu’un et qu’on lui dit « tiens, voilà mon mari » il ne va pas y avoir le petit moment de gêne que l’on pouvait trouver à Paris. Ici ça se fait tout seul et ça a été assez surprenant pour nous qui avions pris l’habitude de dire « mon ami » devant certaines personnes. Une autre différence ici est qu’il n’y a pas spécialement besoin de lieux dédiés aux LBGT pour faire des rencontres, l’ile est très petite, les gens se mélangent facilement et il n’y a pas de discriminations. Par habitude, en France je tenais rarement la main de mon compagnon car je ne savais pas ce qui pouvait nous tomber dessus. Ici à Malte je ne le fais toujours pas encore une fois par habitude mais je vois d’autres couples le faire et ce sans le moindre souci. Les Maltais sont des gens assez discrets, mais les petites démonstrations d’amour qui restent discrètes passent tout seul. Ah oui aussi, quand les lois du mariage pour tous sont passées à Paris, on a eu le droit à 6 mois de manifestation contre nous, à Malte, non …

« Etais-tu présent lors du passage de ces lois à Malte ? »

Non, elle a été votée quelques mois avant qu’on arrive, je n’ai vécu l’euphorie Maltaise qu’à travers les yeux de mes amis. Le passage de cette loi a vraiment été très différent en France, où il avait un débat et une vision manichéenne, ici l’approche est tout à fait différente. A Malte le mariage gay a été voté en seulement 3 semaines, en disant « bon bah c’est comme ça » et la question principale était « comment faire pour oublier personne ? » Il ne s’agissait pas de savoir quels droits allaient être accordés et quels droits allaient être reniés mais plutôt trouver une solution pour intégrer de manière équitable chaque segment de la population.

« J’imagine qu’en 11 ans de mariage, tu as du beaucoup voyager avec ton mari. Peux-tu comparer Malte avec les autres capitales européennes ou les autres destinations dans lesquelles vous avez séjourné tous les deux ? »

Alors non, on n’a pas voyagé plus que ça pour la bonne raison que quand on s’est rencontrés on était fauchés (rires). On a loué une maison à Gozo pour pas trop cher car un ami à lui avait une maison là-bas et ça a été le coup de cœur. Sinon on a fait quelques week-ends à Rome et Berlin. Vivre gay à Rome c’est pas évident, ce n’est pas encore tout à fait intégré dans la culture malgré le nombre de touristes. Par contre Berlin oui ! C’est sans aucun doute ma destination d’expatriation préférée après Malte Hormis ça on est partis 3 semaines en Thaïlande et c’est ce voyage qui nous a donné de nous expatrier, et ça nous a aidé à sauter le pas pour nous installer à Malte.

« Justement, tant qu’on parle de démarches et d’expatriation… Peux-tu détailler ton parcours et tes démarches administratives à Malte et peut-être nous parler des différents documents et avantages que tu as à Malte ? »

Alors on a la carte de résident. On est obligés de la demander au bout de 3 mois. Elle se renouvelle tous les 5 ans. Même si on fait partie de l’Espace Schengen et qu’on peut circuler librement, le gouvernement Maltais demande à ce que toute personne qui vit officiellement à Malte pendant plus de 3 mois ait une carte de résident. Il y a différents statuts pour les résidents au niveau de la santé, ils vérifient par exemple si on a une couverture sociale dans un autre pays, si on doit payer la sécurité sociale ici, si on est retraités, si on est rentiers, patrons ou employés… Une fois que le dossier est rentré on reçoit la carte sous 4 ou 5 semaines. Le dossier n’est pas très compliqué à remplir, par contre il est en anglais. La carte sert beaucoup par exemple dans les magasins où on peut la montrer pour avoir certains avantages, ça aide pour les garanties quand on achète quelque chose ou si on veut prendre un abonnement téléphonique par exemple. Sinon pour les démarches, on doit s’inscrire aux impôts, mais c’est assez facile et bien expliqué. Il y a l’association Malte Accueil, dont j’ai d’ailleurs été secrétaire, qui aide bénévolement tous les francophones qui souhaitent s’expatrier à Malte.

« Justement au niveau de la vie associative, ça bouge beaucoup à Malte ? »

Oui il y a Malte accueil, et après pour les gays il y a ARC (Allied Rainbow Communities) qui organise plein de choses. Je viens à peine de les rencontrer, j’ai organisé ma première session de sophrologie avec eux, il y a 3 semaines. C’est eux qui organisent la Gay Pride à Malte. Ils ont été très actifs sur le moment du passage des lois sur les mariages, les transgenres… on a d’ailleurs les lois les plus progressistes du monde pour les transgenres. Ce n’est pas pour autant que la situation des transgenres est évidente à Malte, mais elle est facilitée. C’est quand même beau de voir qu’on est dans un pays qui prend soin des populations qui ont le plus de mal à trouver du support dans d’autres pays. Pour un transgenre, en France, c’est vraiment le parcours du combattant pour avoir ses papiers, pour se faire opérer, ici à Malte non c’est une procédure simple et surtout avec un réel suivi humain derrière.

« Et dans le cadre de ton boulot, comment ça se passe ? »

Alors vu que je travaille à mon compte et mon compagnon aussi, on n’a pas l’expérience de la vie professionnelle en tant que gay, on a juste l’expérience de la vie amicale. Mais d’après les témoignages de mon entourage, je n’ai pas l’impression, vu de loin, qu’il y a le moindre problème. Je n’ai rien entendu de fâcheux.

 « Qu’est-ce que tu souhaiterais améliorer à Malte ? »

Alors rien qui concerne le vivre gay à Malte. Malte a un réel problème environnemental et c’est une cause qui me touche beaucoup. La gestion des déchets, la construction massive dans les villes, tout ça me fait un peu peur. Sous l’influence des expatriés on organise des clean-ups régulièrement, on nettoie des plages, maintenant des Maltais nous joignent et amènent leurs enfants, les écoles s’y mettent aussi. J’espère que ces petites actions aideront le gouvernement à se rendre compte de la menace de la pollution avant qu’elle ne devienne catastrophique.

« Tu fais bien d’en parler, car le Petit Maltais participe régulièrement à des clean-ups et d’ailleurs j’aimerais inviter tous nos lecteurs à jeter un petit coup d’œil à l’article qu’on a rédigé à ce sujet pour qu’ils puissent en savoir un peu plus. »

Oui c’est une bonne idée, c’est une initiative à promouvoir puis pour les Français qui sont ici pour apprendre l’anglais c’est vraiment pas mal car on discute beaucoup et c’est un bon moyen de faire des échanges linguistiques gratuitement tout en faisant une bonne action pour la planète.

« Absolument ! Hormis faire de son mieux pour conserver notre bel archipel en l’état pour éviter le pire, aurais-tu des conseils à donner aux futurs expatriés ? »

Oui je conseille à tous de venir avec un minimum de bases en Anglais. Un stage de langue, c’est un investissement pour beaucoup de tranquillité après. Les Maltais sont super accueillants donc ne pas hésiter à leur poser des questions. Si on demande son chemin dans la rue, les gens nous accompagnent. Par contre ici il faut de la patience, car le rythme méditerranéen n’est pas le même qu’en France. Il fait chaud, on est fatigués plus vite… Par contre les 3 mois d’hiver sont assez rudes, Malte est un caillou balayé par le vent, donc il faut bien s’assurer que le logement dispose de chauffage ou de climatisation réversible.

« Merci pour ces conseils David. Est-ce que tu connais des couples qui ont adopté des enfants à Malte ? »

Je connais un couple de Maltais qui a un bébé de 8 mois. Je ne connais pas énormément de couples qui ont adopté, je sais qu’il y en a, et qu’il n’y a aucun frein pour cela.

« Super alors ! J’aimerais rajouter quelque chose de personnel à cette interview avant de la conclure, il s’agit d’une histoire que j’ai vécu à Malte et qui m’a plutôt surprise ! Je garde de temps en temps un petit garçon Français de 3 ans, qui est scolarisé dans une école internationale à Malte. Et très souvent je l’entends dire « Viens on joue aux mamans » ou « On joue aux papas ». En France jamais je n’ai entendu autre chose que « papa et maman » et il m’a bien fait comprendre qu’il voulait pas d’un couple de papa et maman mais bien deux mamans ! Je trouve ça ultra mignon venant de la bouche d’un petit, et en effet à l’école on leur apprend à Malte qu’un couple gay c’est aussi normal et naturel qu’un couple hétéro. Je dirais même que c’est l’une des choses qui m’a le plus marquée à Malte ! »

Oh qu’il a l’air adorable ce petit. A vrai dire, je suis très content, mais pas du tout surpris de ce que tu me dis. On est dans une société qui a beaucoup d’aspects anti-discrimination, les gens ont adopté cela et sont presque sur un modèle Suédois. Un petit garçon qui va se déguiser en princesse pour le carnaval ou jouer à la poupée, on s’en fiche ! On s’en fiche tellement que le garçon va être très à l’aise avec cela, et après il fera ses propres choix plus tard en toute liberté. On joue à papa et papa si on veut et c’est aussi normal que de jouer à papa et maman, les parents n’en n’ont rien à faire et les maîtresses non plus. Ici on est dans une société très orientée vers la famille, et on veut que la famille soit heureuse, et on veut que tout le monde puisse avoir accès à ce droit-là, peu importe le style de famille.

C’est sur cet aspect-là de la société Maltaise que l’on va clore la discussion. Nous espérons que le témoignage de David vous a plu et qu’il a répondu à toutes les questions que vous ayez pu vous poser. Vous pouvez donc être rassurés, Malte est bien la destination idéale, que ce soit pour venir passer des vacances ou s’installer et fonder une famille. Et si vous n’êtes toujours pas rassurés et que vous avez besoin de cours de sophrologie, vous savez vers qui vous tourner 😉 D’ailleurs, c’est pour le moment le seul sophrologue à Malte ! Alors n’hésitez pas à jeter un coup d’œil à sa page web juste ici.

3 Réponses

  1. Soule

    Merci pour cet interview particulièrement intéressant. Les problematiques sont abordées avec simplicité et cela me parait refléter exactement l’état d’esprit maltais.

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    • Editor2018

      Bonjour Laura,

      Merci beaucoup pour ce commentaire qui nous fait plaisir, car c’est exactement ce que nous avons cherché à faire en écrivant cet article 🙂
      Bonne fin de journée et à bientôt.

      Bien à vous,

      Sarah

      Répondre

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