Vous les voyez à la télé, toujours plus nombreux… Comme nous, vous vous posez des questions sur les migrants à Malte et cherchez  à comprendre comment ils sont arrivés là et surtout qu’est-ce qu’ils vont devenir ensuite ? Encore mieux, vous avez du temps et cherchez un stage utile à Malte ? Une expérience enrichissante et qui en plus permettra d’aider les autres ? Vous êtes sensible à la problématique de l’immigration et vous aimez le contact humain ? Alors vous êtes tombés sur le bon article, car ici on vous fait la présentation d’une association humanitaire qui a un projet novateur et vraiment intelligent.

Voici Régine, écrivain, journaliste indépendante et volontaire pour l’association African Media.

« Bonjour Régine, pouvez-vous vous présenter brièvement à nos lecteurs ? »

Bonjour les Petits Maltais, je suis Régine, d’origine Camerounaise. Je suis arrivée en Europe en 2002. J’ai passé 12 ans en Italie où j’ai rencontré mon mari qui est Anglais et Maltais. Quand je suis arrivée à Malte il y a 3 ans j’ai trouvé l’association African Media Association Malta et je m’y suis intéressée. J’ai toujours aimé le journalisme, pour cela j’ai fait des études dans ce domaine dans une école Belge, puis j’ai publié deux livresl’envers du décor et Intuitions en plus d’avoir été animatrice radio en Italie. Il était donc naturel pour moi de m’intéresser à cette association qui regroupe des journalistes d’origine Africaine.

« Pouvez-vous nous parler plus en détail de l’association African Media ? »

Il s’agit d’une ONG qui a été créée en 2014 par un journaliste Somalien arrivé à Malte par bateau. A son arrivée il a été confronté comme tous les migrants au « choc de la réalité » car on nous parle tous de l’Europe comme la terre des possibilités et quand on y est enfin on se rend compte que les portes ne nous sont pas ouvertes pour le cas de Malte. Ceux qui ont des capacités intellectuelles se retrouvent dépourvus de toutes les opportunités que leur talent aurait pu leur apporter. Avec l’aide d’un Anglais et l’octroi de fonds de l’Union Européenne, il a pu fonder cette ONG. Malheureusement l’année suivante les fonds n’ont pas été renouvelés, l’association était « morte » mais le site web est resté actif. Lorsque j’ai découvert ce site je m’y suis intéressée et j’ai contacté ces deux personnes pour que l’association reprenne vie.

The Migrant Skills Register : Présentation d’un projet humanitaire intelligent

« Actuellement au sein de cette association vous avez un projet qui se nomme «The migrant skills register». Pouvez-vous nous en parler ? »

C’est un projet qui a été créé en 2015/2016 avec des fonds provenant du Malta Council Volontary Sector. Le projet est en quelques mots donner plus de voix et de poids aux migrants à Malte qui ont des capacités, des compétences recherchées et des diplômes. Malheureusement ces personnes, qui ont un besoin urgent de travail pour pouvoir envoyer de l’argent afin de subvenir aux besoins de leur famille restée en Afrique sont contraints à accepter des emplois peu valorisants et bien en dessous de leurs capacités. Nous avons donc créé une base de données regroupant tous les profils à haut potentiel et nous les valorisants auprès d’employeurs qui pourraient être intéressés. Nous avons des ingénieurs, des avocats, des architectes, des soudeurs et des médecins… que nous aidons à dépasser la barrière de la langue et la barrière culturelle.

« C’est un très beau projet en effet ! Combien de personne est ce que cela représente dans les deux parties ? »

Ce projet est tenu par moi et ma collègue Natalia, qui a une grande expérience en tant que directrice des ressources humaines. Elle a durement travaillé dans ce projet. A ce jour nous avons plus d’une quarantaine d’entreprises qui donnent des emplois aux migrants. Mais avec le nombre grandissant de migrants à Malte nous nous sommes rendus compte que l’on ne peut pas se limiter à placer des migrants dits « qualifiés » et on a dissocié qualification et expérience. Au niveau des migrants, dans notre base de données, je dirai que l’on s’approche actuellement des 400 personnes.

Des opportunités professionnelles très intéressantes …

« Tout cela doit représenter énormément de travail… Qu’est-ce que concrètement une personne lambda comme moi, des étudiants, des stagiaires voire des actifs ou des retraités peuvent faire pour vous aider ? »

On a besoin de volontaires qui aient une connaissance du management et de la gestion de projet, qui puissent nous aider pour le développement de notre site web et de nos réseaux sociaux.  Avec Natalia nous avons un second projet est devenu évident pour nous lorsque nous avons vu les résultats du projet Migrant Skills Register. Nous avons constaté qu’un grand nombre de migrants ne savent pas profiter des potentialités des outils informatiques et que cela est une réelle barrière dans leur recherche d’emploi. Certains ne savent pas utiliser de Smartphone et n’ont pas d’adresse e-mail. On souhaite leur donner de l’indépendance et plus de possibilités en leur apprenant à utiliser ces outils, les Google Tools, à créer et diffuser un CV Europass. On aurait besoin de personnes volontaires qui ont des compétences en pédagogie et en enseignement pour mener à bien ce projet.

« Ces projets sont très intéressants et peuvent donner lieu à des stages fort enrichissants. Pouvez-vous détailler les missions que vous proposez et les profils que vous recherchez ? »

Dans le domaine informatique, nous serions intéressés par des développeurs web qui aient de préférence des compétences en Community Management car il n’y a pas seulement notre site et la base de données à gérer mais aussi la communication de nos réseaux sociaux.

Nous pouvons aussi proposer des missions en management et en ressources humaines. Les étudiant.e.s en psychologie sont également les bienvenus car il y a toute une partie de suivi psychologique, d’écoute, d’assistance aux migrants et nous souhaitons les aider à s’intégrer ici, donc cela pourrait être intéressant par exemple de pourquoi pas créer des sessions collectives avec un(e) jeune dynamique, motivé(e) qui puisse servir de psychologue mais aussi d’exemple à suivre.

Nous pourrions également proposer des stages aux étudiant.e.s en techniques de formation et d’enseignement qui seraient alors chargés d’enseigner aux migrants les nouvelles technologies. Il s’agirait de 5 séances de 3 heures chacune. Nous aurions aussi besoin d’étudiant.e.s en journalisme, avec intérêt pour la vidéo ou le podcast.

Que ce soit pour un stage ou une expérience de volontariat, les deux options sont intéressantes car c’est très valorisé sur un CV, notre équipe est très sympathique et nos bureaux sont au cœur de La Valette. Mais on bouge beaucoup, on parle plusieurs langues et on fait de très belles rencontres qui apportent énormément d’un point de vue humain.

La condition des migrants à Malte

« Pouvez-vous un peu nous expliquer comment se passe l’arrivée des migrants ici et leur prise en charge par le gouvernement Maltais ? »

Lorsqu’ils ils arrivent sur le territoire Maltais ils sont retenus pendant quelques jours pour des contrôles médicaux. Jusqu’à il y a un an, ils étaient placés dans un centre de détention et cela pouvait durer jusqu’à 18 mois, et ce dans des conditions inhumaines. Maintenant il y a « juste » les contrôles médicaux à la suite desquels les femmes sont envoyées dans des centres d’hébergement à Paola, Balzan ou dans des centres pour famille, et les hommes sont envoyés à Hal-Far (vers le sud de l’aéroport NDLR).

Ce qu’il y a de bien à Malte, c’est que la majorité reçoivent l’approbation de leur demande d’asile et reçoivent un récépissé qui est valable trois mois et renouvelable. Avec ce récépissé ils peuvent chercher un travail. Les migrants reçoivent également une aide mensuelle de 130€ le temps que la demande d’asile soit prise en compte. En revanche, de la part du gouvernement et des autorités locales, les informations données aux migrants sont floues et même parfois se contredisent… Ce qui ne facilite pas l’installation des migrants ici.

Envie d’en savoir plus sur cet incident qui a eu lieu en 2015 ? Découvrez-ici l’article rédigé par un des journalistes de l’AMAM. 

« Est-ce qu’au sein de la communauté des migrants il y a des conflits d’origine ? Peut-on dire que certains migrants sont plus privilégiés que d’autres ? »

Alors justement en travaillant sur ce projet je me suis rendue compte que oui. Je suis Africaine moi-même, bien sûr je sais que l’Afrique n’est pas un pays mais c’est à Malte que j’ai réellement réalisé le sens de cette phrase. Par exemple, je suis très intriguée par la Somalie car la majorité des migrants dont nous nous occupons sont d’origine somalienne.

Je m’explique : Les possibilités d’emploi offertes aux migrants sont généralement circonscrites au bâtiment, la restauration ou le nettoyage, les migrants somaliens restent fermes dans le choix des métiers faisables ou pas… Très peu acceptent de travailler dans l’hôtellerie ou la restauration, pour éviter tout contact avec l’alcool, ou éviter de nettoyer des toilettes. Ceci les marginalise un peu du reste des communautés. Les Nigériens très actifs et entrepreneurs, s’adaptent vite, mais sont souvent accusés par les autres communautés d’avoir souvent maille à partir avec la police, et de nuire à la réputation de toutes les communautés .

 

Après pour des raisons de politique et de conflits historiques, il y a déjà des antagonismes en Afrique qui perdurent même après l’arrivée en Europe.

Tant que nous sommes sur la problématiques des migrants à Malte, faisons une petite digression sur le sujet du racisme à Malte …

« Justement, quel est le retour des personnes placées sur la présence de racisme dans leur lieu de travail ? Y a-t-il une forte présence de racisme et de discriminations ? »

C’est un sujet qui affecte la majorité des migrants. Le retour n’est pas positif, et ce pour les deux parties. Nous avons placé plus de 50 personnes, mais la majorité de la durée des contrats est de 3 mois. De très nombreux migrants doivent changer d’employeur à cause de discrimination raciale. Des fois, le salaire n’est même pas respecté. Mais attention cette discrimination ne se limite pas aux migrants Africains. De leur côté les employeurs disent que les migrants n’ont pas d’éthique de l’emploi, qu’ils ne font pas d’efforts pour s’intégrer, se vêtir, discuter avec les collègues …

« Vous qui êtes à Malte depuis plusieurs années, pouvez-vous dire qu’il y a un problème de racisme qui ne concerne pas seulement les migrants mais les personnes de couleur en général ? »

Les personnes de couleur que je côtoie sont presque tous des migrants. Mais en général j’ai vu peu de personnes de couleur travailler dans le secteur administratif ou dans les banques par exemple. J’ai également entendu des histoires comme par exemple un groupe de jeunes africains qui ont été refusés dans les clubs de Paceville car leurs tenues n’étaient pas assez « Européennes ». Mais après Malte souffre de racisme interne, et cela peut s’expliquer par leur mentalité insulaire. Les gens de Malte sont parfois victimes de discrimination de la part de ceux de Gozo et vice-versa. Les gens de Sliema surtout, car ils sont convaincus d’être supérieurs et que les Gozitains sont très rieches… Mais ça, c’est toute une autre problématique !

Jusqu’à l’année passée, la moyenne d’arrivée était de 1000/1200 migrants par an. Ce chiffre peut s’expliquer par le fait que la majorité avaient d’abord été en Italie et vu qu’il y a peu d’emplois là-bas, ils ont dû venir déposer une seconde demande d’asile à Malte. Avec l’avènement du nouveau gouvernement italien en juin 2018, les bateaux chargés de migrants arrivent de nouveau à Malte et les ONG ont du pain sur la planche. Travailler dans ce secteur à Malte est donc très complexe et une expérience de volontariat ou un stage peut apporter un savoir-faire et un savoir-être très appréciables dans le monde du travail.

C’est d’autant plus le cas pour ceux qui ambitionnent de travailler dans des grandes ONG Européennes, car dans ce domaine les diplômes et certificats sont très peu valorisés. L’expérience terrain est en revanche un atout incontestable et ceci sera une opportunité unique pour commencer votre carrière, découvrir de nouvelles cultures, parfaire votre anglais et explorer un archipel qui regorge de trésors historiques et naturels.

N’hésitez pas à laisser un commentaire en bas de cet article pour être mis en contact avec Régine, ou à nous contacter directement par mail. Et pour plus d’infos sur les stages à Malte, c’est par ici.

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